Valérie Zenatti, toujours le mot juste

Les couvertures des éditions de l’Olivier sont aisément reconnaissables par leur style et leur élégance, c’est donc presque spontanément que nous nous dirigeons vers elles pour découvrir les nouveaux venus au catalogue. Si la rentrée littéraire essaie de nous noyer sous 607 œuvres – du moins pour cette année, il est impossible de passer à côté de la production éditoriale de cette maison d’édition. Pour cette rentrée, on préfère le magnifique roman de Valérie Zenatti : Jacob, Jacob.

La photo de soldat sur la couverture, le résumé sur la quatrième, tout porte à croire qu’au milieu de l’engouement éditorial autour de la guerre ce roman passerait inaperçu, ou plus exactement perçu comme un livre parmi tant d’autres, publié une année bien précise après une étude marketing bien faite. On pourrait également croire à une certaine ironie en lisant le titre. Et pourtant …

Pourtant, piqués par une curiosité peut-être malsaine, ou par la simple envie de découvrir le nouveau roman d’un auteur dont on aime déjà le travail, on ouvre inconsciemment le livre, on se plonge avec envie dans une lecture dont on n’arrive à se détacher avant l’excipit et le point final, une pure merveille.

Jacob, Jacob, premiers et derniers mots, écho d’une vie, rappel lointain de la Bible, mais aussi Jacob, ce personnage qui sort de l’adolescence et qui ne pourra jamais devenir adulte. Ce ne sont que deux mots, néanmoins ils sont plus chargés de sens que beaucoup d’autres, nous transportent vers une autre dimension, un autre monde.

Jacob, jeune garçon de dix-neuf ans, vit à Constantine dans une famille modeste où les hommes font la loi. Préoccupé essentiellement par ses déclinaisons latines et le bien-être de ses proches, il est enrôlé et doit donc les laisser derrière lui pour libérer la France. Fière de lui, sa famille, et particulièrement sa mère, attend fébrilement le retour du vaillant soldat, de l’enfant bien-aimé. Loin de chez lui, le jeune homme devient un matricule, un soldat, un numéro, dont peu connaissent le prénom. Sa mère, remplie d’amour pour son fils, déchirée par cette séparation et impuissante face à cette peur qui la ronge, recourt à de nombreuses superstitions pour faire revenir son fils vivant dans sa ville natale.

Dans ce roman, chaque mot est porteur de sens, on découvre une langue juste, ni trop dramatique, ni trop sensible, une langue qui nous permet de comprendre et apprécier la valeur de chaque personnage. Chacun d’eux nous est un peu plus dévoilé au fil des pages, et se sont parfois les plus discrets qui nous surprennent. On réalise qu’au-delà de l’Histoire se trouvent les hommes qui l’ont faite, leurs vies, leurs familles, leurs rêves et désillusions. Jacob, Jacob, c’est le théâtre du déracinement, l’histoire d’une famille juive algérienne dont un membre devient assez français pour sauver un pays en guerre qui n’est pas le sien et qui l’avait désavoué quelques années auparavant. C’est aussi l’histoire du souvenir de ceux qu’on aime, car lorsqu’ils sont partis, on ne peut les oublier, beaucoup d’éléments nous font penser à eux, mais la vie continue.

Auteur reconnue et traductrice d’Aharon Appelfeld, Valérie Zenatti signe ici avec brio son quatrième roman aux éditions de l’Olivier. Son écriture toujours remarquable prend ici un autre tournant, c’est comme une nouvelle langue, intense, qui nous emporte avec elle du haut d’une falaise jusqu’au pont suspendu. Une écriture délicate et un style remarquable, des personnages d’une humanité rare, Valérie Zenatti nous propose un roman dont la lecture nous enchante et nous bouleverse, certainement un des plus beaux romans de cette rentrée littéraire.

 

Jacob, Jacob, Valérie Zenatti, éditions de l’Olivier, 2014 – 16€

Vous pourrez rencontrer l’auteur le 30 septembre à 19h à la librairie L’Ecume des pages174 boulevard Saint-Germain 75006.

Ses autres rencontres sont notées sur le site des éditions de l’Olivier 

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3 réflexions au sujet de « Valérie Zenatti, toujours le mot juste »

  1. Un très beau roman qui montre comment les guerres et les violences familiales peuvent briser l’innocence de jeunes gens. Jacob est certes le personnage principal mais je n’oublie pas la mère, un vrai symbole, sa belle soeur, victime de sa condition féminine et son jeune neveu, rebelle et courageux.

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