Debout-payé, une pierre brute apportée à l’édifice de la littérature française

Depuis le 21 août, nous disparaissons sous des piles de livres, et lorsqu’une est terminée, une autre prend immédiatement sa place : avec 607 romans pour la rentrée littéraire, il est difficile de faire des choix. Le plus souvent, on se tourne vers des auteurs connus, déjà primés, et les éditeurs jouent là-dessus, mais quid du reste ? En fouillant un peu, en écoutant notre libraire, on peut découvrir une nouvelle pierre apportée à la littérature, un roman vers lequel on ne se serait pas tourné instinctivement. Ce dont on parle peu est parfois une clé de voûte et le jour où on comprend l’importance de cette petite pièce, elle est alors dévoilée au grand jour.

 

Ainsi, en cherchant au-delà de nos valeurs sûres, des auteurs connus et reconnus, des éditeurs centenaires, on trouve un petit bijoux, une pierre brute, premier roman publié chez un éditeur peu connu du grand public : voici Debout-payé de Gauz, publié aux éditions Le Nouvel Attila.

 

Debout-payé est une expression désignant en réalité un vigile, rôle tenu ici par le personnage principal du roman, Ossiri. Ce dernier est un jeune ivoirien récemment immigré en France, qui devient vigile – métier « réservé aux noirs » – lorsqu’il se retrouve sans-papiers. Son métier s’avère être un poste privilégié pour observer la société française : travaillant dans différentes enseignes, il peut ainsi établir un panel global de façon assez intéressante. Ce roman est également l’occasion de nous pencher sur la question de l’immigration, des sans-papiers et de leurs difficultés face à l’administration française.

 

Nos oreilles sifflent tellement les noms Gauz et Debout-payé nous sont rabâchés par les médias (l’auteur est même passé à la Grande Librairie, même si François Busnel ne reçoit pas que les meilleurs, c’est un événement de taille et une publicité non négligeable pour le livre). Alors, certains se demande ce que c’est que tout ce remue-ménage. Cela vaut-il vraiment la peine d’acheter ce livre ? Ne sera-t-on pas déçu une fois de plus ? Qui est cet auteur au nom étrange ? Et cet éditeur sorti de nulle part (d’ailleurs, peut-être faut-il en profiter pour dire que non, Le Nouvel Attila ne sort pas d’un espace intergalactique, mais est une petite maison aux publications très intéressantes) ?

 

Debout-payé, c’est une de ces clés de voûte, une de ces petites pierres qui dont que le rentrée littéraire n’est pas uniquement la période des publications en masse, des best-sellers, de l’encensement d’auteurs people, des Biopic sur des hommes politiques. C’est un de ces romans qui nous font espérer et croire que la littérature française a encore un bel avenir, que les maisons d’éditions et le lectorat savent encore reconnaître un bon livre, un style prometteur. Ce n’est pas un roman parfait, pas un diamant poli, mais une pierre brute, dont la beauté ne laisse pas indifférent.

 

Pourquoi ce roman nous permet-il d’espérer ? De respirer ? Parce qu’il sort des sentiers battus, des phrases nonchalantes rabattues par certains auteurs, de la structure classique d’un roman. Gauz livre ici un ouvrage décalé, plein d’humour, de détachement, mais aussi de justesse, une satire de notre société de consommation, sans pour autant la stigmatiser. Tout ceci avec une plume habile – parfois encore un peu maladroite, mais on l’oublie vite – une roman qui nous tient en haleine. Il n’est pas le seul à nous faire espérer dans la créativité des auteurs français, mais il fallait absolument le présenter, et apprendre à connaître la maison d’édition qui le publie car elle a beaucoup de petites pierres à nous faire découvrir.

 

On définit la littérature comme ayant une finalité esthétique. Je pense qu’il faut que le fond et la forme interrogent, bousculent le lecteur dans ses habitudes et ses certitudes. Jean Cocteau disait d’ailleurs « Un beau livre, c’est celui qui sème à foison les points d’interrogation », c’est ce que fait Gauz. On ne sait pas grand-chose finalement de ses personnages, mais on voit le monde par leurs yeux, c’est une richesse inestimable et une source de questionnement. Debout-payé perturbe, bouleverse, voici de la littérature ! Merci Gauz !

 

Il paraît qu’il pense de plus en plus à son prochain roman, on attend donc fébrilement sa publication, mais sans rester inactifs pour autant : la littérature n’attend pas.

 

 

Debout-payé, Gauz, éditions Le Nouvel Attila, 2014 – 17€

Le Nouvel Attila

Publicités

2 réflexions au sujet de « Debout-payé, une pierre brute apportée à l’édifice de la littérature française »

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s