Une semaine de prix littéraires – 2014

Comme on le disait la semaine dernière, on croule sous les romans depuis fin août, mais on étouffe aussi sous les critiques littéraires, les sélections pour les prix, chacun y allant de son pronostic. La rentrée littéraire, c’est quelque chose de plutôt stressant, et pour tout le monde : l’auteur, qui aimerait bien être primé, l’éditeur, qui aimerait bien aussi parce que ça ferait du bien à son compte en banque et à sa notoriété, les critiques, les jurés, parce qu’ils veulent tous que leur chouchou reçoive une de ces fameuses récompenses, et le lecteur aussi, parce qu’il doit faire son choix parmi des centaines de livres, et qu’il se demande s’il a bon goût ou non.

Tous les ans c’est la même histoire, les personnes qui travaillent dans le milieu argumentent dur pour expliquer pourquoi Un Tel devrait recevoir le fameux prix Truc, et bien souvent, elles sont déçues des résultats. Je parle des autres, mais aussi de moi-même, toujours mon mot à dire, à râler parce que mon préféré de l’année n’a pas reçu de prix et que les primés n’en valent pas la peine. Et bien, une fois n’est pas coutume, l’année 2014 est une année de bons crus, et pour une fois, les prix n’encensent pas uniquement les meilleures ventes.

Tout d’abord le grand prix du roman de l’Académie française, décerné à Adrien Bosc pour Constellation. Le roman retrace l’histoire du vol Paris – New-York du 27 octobre 1949, mais aussi l’histoire de ses passagers avant que l’avion ne s’écrase dans l’archipel des Açores, ne laissant aucun survivant. Si la phrase d’Adrien Bosc n’est pas révolutionnaire, elle reste fluide, agréable et chantante, et le style est prometteur. On aime la façon dont l’auteur joue avec les lieux et les époques, dont il passe d’un personnage à un autre. Peut-être peut-on lui reprocher d’être trop fragmentaire, de séparer trop nettement les différents personnages, cependant la lecture reste belle, facile d’accès, et emporte le lecteur jusqu’à la dernière page sans qu’il s’en rende compte. Adrien Bosc, déjà détenteur pour ce même roman du prix de la vocation Marcel Bleustein-Blanchet, se voit donc décerné un prix de renommée, un succès donc pour ce premier roman !

Le prix Fémina a quant à lui été décerné à la brillante Yanick Lahens pour son roman Bain de lune publié aux éditions Sabine Wespieser. Histoire familiale complexe, mise en parallèle du passé et du présent, des voix qui s’entremêlent, le génie de Yanick Lahens vient de cette facilité qu’elle a à traverser les époques de façon naturelle, de parler de cette île magique qu’est Haïti, mais aussi cette langue douce, musicale parfois violent qui transcrit une atmosphère qui ne laisse pas indifférent. Le Fémina étranger a décoré cette année Zeruya Shalev pour son ouvrage Ce qui reste de nos vies (éditions Gallimard), un roman sur la difficulté des relations familiales, les sentiments qui cosntruisent les rapports mère/fils, mère/filles, … amour, amitié, bonheur, mais aussi colère, ressentiment, jalousie, frustration. C’est un roman envoutant, une langue puissante, qui pose des questions concrète sur un sujet qui nous touche chaque jour.

Le prix Médicis, cela fait quelques années déjà qu’on reste perplexe par rapport aux choix des primés. L’an dernier, le roman de Marie Darrieussecq, Il faut beaucoup aimer les hommes, était bien loin de ce qu’on pouvait espérer. Cette année, c’est Antoine Volodine qui a reçu ce prix prestigieux, pour son roman Terminus radieux (éditions du Seuil). C’est un roman apocalyptique, dans une Sibérie irradiée et inhabitable où se côtoient soldats-fantômes et morts vivants. L’univers est original, l’intrigue bien menée, cependant, on n’accroche pas, le style est bon mais sans pour autant être exceptionnel, on couronne certes une carrière ici, mais ce n’est pas le roman qu’on espérait voir couronné du Médicis. On aurait bien aimé Jacob, Jacob de Valérie Zenatti (éditions de l’Olivier), malheureusement nos rêves sont rarement réalité, en particulier en matière de prix littéraires. Le Médicis étranger a couronné Lily Brett pour son roman Lola Bensky (éditions La grande ourse).

Le prix Goncourt, tous les ans, on en fait toute une histoire, mais on l’oublie bien vite ce prix Goncourt, remplacé un an après par son successeur. Se souvient-on de L’art français de la guerre ? Non, bien entendu, et pour cause, souvent le prix Goncourt n’est pas si bon que promis, on entend dire tous les ans qu’il est soumis à un trafic d’influence, que chaque éditeur chercher à mettre les jurés de son côté. Malgré toutes ces suppositions (certainement un peu vraies, mais tout de même), nous avons cette année une merveilleuse surprise : Pas pleurer de Lydie Salvayre est couronné ! C’est le premier Goncourt aux éditions du Seuil depuis 1988 (c’est-à-dire 26 ans !), et ce n’est pas seulement un bon roman, c’est un très bon roman parlant de la guerre d’Espagne, du franquisme, entremêlant deux voies très distinctes. Lydie Salvayre voit sa carrière couronnée par ce prix, son roman est magnifique, rythmé par ces deux personnages, le lecteur s’impose lui-même de continuer sa lecture. Enfin un prix Goncourt qui laisse sans voix !

Moins connu, car décerné le même jour que le prix Goncourt, le prix Renaudot est soumis aux mêmes suspicions que son confrère, et cette année, difficile de faire autrement. Charlotte, le roman de David Foenkinos, était pressenti gagnant au Goncourt, tout le monde disait que s’il ne l’avait pas, il aurait en lot de consolation le Renaudot. Bien que ce ne soit pas tout à fait exact, c’est ce qu’il s’est passé. C’est là qu’on s’offusque, comment David Foenkinos peut-il recevoir ce prix ? Comment l’ont-ils choisi alors qu’il était en lice contre Meursault, contre-enquête de Kamel Daoud (éditions Actes Sud) ? Effectivement Charlotte est un peu différent des autres romans de Foenkinos, mais sérieusement, l’écriture est toujours aussi banale, ça manque de profondeur, et il faut l’avouer, le retour à la ligne à chaque phrase est fatiguant pour les yeux. Cet article d’un blog ami (Tête de lecture) résume parfaitement bien ce qu’on pense de ce roman : Charlotte de David Foenkinos.

Ah le prix Nobel ! Il en a fait couler de l’encre cette année ! Il se trouve que notre ministre de la culture n’en a non seulement jamais lu – cela arrive, même si c’est un peu gênant vu sa position – mais surtout, elle est incapable de citer un seul titre, ne serait-ce que le premier – La place de l’étoile – ou le dernier, publié cette année : Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier. Ce qui est encore plus honteux c’est qu’elle a déjeuné avec Patrick Modiano le jour-même où elle déclare une telle ignorance. Il y a de quoi se sentir ridicule si on déjeune avec une célébrité sans connaître rien d’eux … Bref, pour en revenir au sujet principal, ce prix Nobel, il vient couronner une œuvre toute entière, assez importante. L’œuvre de Patrick Modiano est certes indissociable de la culture française, touche beaucoup à la seconde guerre mondiale etc, mais au fil des livres, on a l’impression que cet auteur écrit toujours la même chose, et on abandonne. À l’annonce de ce prix, on achète son dernier livre, on espère mal se souvenir, mais non, sa phrase ne plaît pas, le rythme est comme essoufflé, il manque définitivement quelque chose à Modiano.

D’autres prix ont été décernés, d’autres ne seront décernés que plus tard, mais il est difficile de traiter de tous. Parmi les prix décernés, il y a le prix Wepler, décerné aujourd’hui, 10 novembre, à Jean-Hubert Gaillot pour Le Soleil (éditions de l’Olivier) ; le grand prix de la Société des Gens de Lettres (SGDL), qui récompense Tram 83 de Fiston Mwanza Mujila (éditions Métaillé) qui est une véritable merveille, et les prix révélations de la SGDL. Viendront bientôt le prix de Flore, le prix du Style et le prix Interalié.

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On regrette l’absence de Laurent Mauvignier, Eric Vuillard et de Kamel Daoud dans les primés de cette saison, mais on reconnaît pour une fois une certaine qualité, une reconnaissance de la grande littérature de manière générale.

On m’a déjà reproché de ne pas être d’accord avec les jurés de ces prix prestigieux, cependant la littérature, c’est une question de goût, de sensibilité littéraire, ce n’est pas quelque chose d’inné, mais d’acquis, qui se construit avec les lectures mais aussi l’expérience de la vie, c’est on ne peut plus subjectif. Chacun est différent face à un ouvrage quel qu’il soit, et c’est aussi ça la beauté de la littérature.

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