L’ours est un écrivain comme les autres

Ce n’est pas si souvent qu’on peut lire un roman tout aussi hilarant que profond, on pourrait même dire que c’est très rare, et c’est bien dommage. L’ours est un écrivain comme les autres arrive de façon magistrale à allier ces deux éléments, pour le plaisir de tous.

L’ours est un écrivain comme les autres, c’est une comédie, une lecture joyeuse qui met en scène de façon allégorique le monde de l’édition outre-Atlantique. On pourrait croire que ce thème ne touche que les professionnels de ce petit monde, mais non, tout un chacun peut être sensible à ce délicieux roman.

Être publié, se retrouver sur les tables des libraires, passer à la radio et sur les plateaux télés, voici une chose qui fait rêver un très grand nombre de personnes, mais le talent de l’écriture n’est pas donné à tout le monde. Et quand ce talent existe au fond de notre personnalité, il semble que les éléments se déchainent contre nous, en tout cas, c’est le cas pour Arthur Bramhall, professeur émérite à l’université du Maine, retiré à la campagne pour écrire. Son premier manuscrit disparaît dans un incendie, mais Bramhall persévère et recommence l’écriture, quelque chose de tout à fait différent qui le transporte. Cependant, la fortune n’est pas au rendez-vous : pour se prémunir d’un éventuel autre incendie, le professeur choisi de garder son manuscrit dans un endroit insolite : une mallette sur un arbre.

C’est ainsi qu’un ours, intrigué par cette mallette, la renifle, et décide de l’emporter à New-York pour y trouver un agent et faire publier l’ouvrage sous son nom : Dan Flakes. La destinée de tous est fortement perturbée par cette décision : celle de l’ouvrage, mais aussi celle de l’ours et de Bramhall. On est à partir de là spectateur abasourdi de l’humanisation de l’ours, mise en miroir avec la déshumanisation de Bramhall part la structure même du roman. C’est magistral.

L’ours devenu une personne, et il insistera beaucoup là-dessus, se voit confronté à notre société de consommation, au culte de la personnalité, il voyage à travers tous les États-Unis alors que Arthur Bramhall se renferme sur lui-même et va jusqu’à devenir ours lui-même. Le jeu de miroir entre ces deux personnages est admirablement bien mené. Dan Flakes plait, son roman plait, tout le monde accourt pour le rencontrer, c’est la nouvelle personnalité à la mode, le nouvel Hemingway dit-on : personne ne se doute que cet homme étrange, cette personne est un ours.

Mis à part une histoire originale, une structure bien menée, il faut également parler de cette représentation qui est faite du monde de l’édition. En effet, on voit à quel point l’auteur est mis en avant, de quelle façon on arrive à en faire une marionnette capable de dire et faire tout ce qu’on attend de lui, à quel point le personnage a une importance, parfois jusqu’à dépasser de loin celle de l’ouvrage en lui-même.

Avec ce roman, William Kotzwinkle est à l’apogée de son art. Cet auteur prolifique aux styles extrêmement divers livre ici un régal, un livre qui plairait tant aux grands qu’aux plus timides lecteurs. Si jamais il vous manque une idée pour un cadeau de Noël, c’est là un roman à offrir, ou à vous offrir absolument ! Merci aux éditions Cambourakis de nous offrir la possibilité de découvrir ce chef d’œuvre, une des plus belles lectures de 2014 !

 

L’ours est un écrivain comme les autres, William Kotzwinkle, éditions Cambourakis, 22€.

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