Ramón Sender, grande figure de la littérature espagnole

Ramón Sender est un journaliste et romancier espagnol du XXe siècle, très connu pour ses prises de positions politiques et son aversion pour le franquisme, dont l’œuvre longtemps cachée  décrit une Espagne confrontée malgré elle à la guerre civile. Aujourd’hui il est mondialement reconnu comme l’un des plus grands auteurs espagnols du XXe siècle, et bien qu’une grande partie de son œuvre n’a jamais été traduite en français, il fait partie de ces auteurs incontournables pour les lecteurs français. Requiem pour un paysan espagnol a longtemps été censuré sous Franco, mais tous les intellectuels de l’époque avaient lu ce bijou littéraire, on le redécouvre aujourd’hui avec un immense plaisir.

L’Espagne franquiste sert de font à une merveilleuse nouvelle de Ramón Sender, dont le personnage principal est mort. Du premier abord, ce postulat peut paraître incongru, cependant, il permet au narrateur et aux personnages d’avoir un recul sur l’époque traversée.

Paco est mort depuis un an, fusillé par les phalangistes, lorsque s’ouvre le roman. C’est à l’occasion d’une messe de Requiem que Mósen Millán, curé du village, livre au lecteur ses souvenirs du jeune garçon qu’il a vu naître, grandir et mourir. Accompagné le long du roman par l’enfant de chœur de l’église, le prêtre se charge de sa culpabilité, et nous fait découvrir la vie du Paco du Moulin, jeune homme droit, plein d’ardeur et d’espoir. Il nous dévoile l’enthousiasme du jeune homme, sa volonté pure, sa naïveté et sa soif d’égalité, des rêves difficiles en période de dictature et qui ont fait la perte de Paco, et explique cette église désespérément vide, ou presque, le jour de ce Requiem. Mósen Millán dresse le portrait de l’Espagne en mutation en même temps que celui du garçon, chaque personnage y a sa place. Le jeune Paco représente la jeunesse, la volonté d’égalité des classes, l’implication politique ; Don Valeriano est le symbole du pouvoir fasciste ; Jéromina est un personnage typiquement espagnol traditionnel, avec des croyances anciennes ; le cordonnier représente aussi toute une classe du pays qui ne souhaite pas s’impliquer politiquement ; le prêtre quant à lui est la personnification de l’Église, extrêmement présente et forte à l’époque.

L’histoire de Paco est suivie d’une autre nouvelle toute aussi délicieuse et prenante, inédite en France : Le Gué. On remarque immédiatement une similitude entre les deux romans : dans chacun, un jeune homme politiquement engagé est mort. Ici cependant, c’est la personne qui l’a dénoncée qui est au centre : la belle-sœur du défunt, Lucie. Deux ans après la mort du fiancé de sa sœur Joaquine, Lucie sombre peu à peu dans une folie qui la guettait déjà depuis qu’elle avait livré son amour impossible aux phalangistes. Persuadée d’avoir dénoncé le garçon par jalousie et désespoir, elle culpabilise et tente d’avouer sa faute à sa sœur, sans que rien ne sorte de sa bouche.

Avec ces courts romans, Ramón Sender se place comme un auteur majeur de l’histoire littéraire espagnol, un témoin d’une époque sombre du pays, époque qui l’a beaucoup touchée personnellement puisque c’est à ce moment-là et à cause du franquisme que son frère et sa femme son morts. Alliant Histoire, imagination et puissance de la langue, Ramón Sender est un auteur qui retient notre souffle, qui arrive à transmettre beaucoup d’éléments par le non-dit et les ellipses temporelles. Il est la voix de la tragédie grecque, la plume exquise et poétique d’une Espagne blessée. Il est celui qui montre sans juger, sans s’attarder sur celui qui profite du malheur des autres, car il pourrait être emporté aussi. L’alliance de ces deux textes dans un même livre permet au lecteur de s’immerger dans le monde de Ramón Sender, de comprendre l’intelligence de cette écriture et la dureté de l’Histoire.

J’ai trouvé Requiem pour un paysan espagnol très prenant, assez dur et juste, mais Le Gué m’a plus touché, il me semble plus poétique, il est dommage qu’il ne soit pas mis plus en avant. L’appareil critique sur le film est intéressant, donne des explications judicieuses, cependant, il me semble trop long, et peut-être aurait-il fallu le positionner à un autre endroit du livre. Je pense qu’il aurait été mieux placé après Requiem pour un paysan espagnol, avant Le Gué, voire même commencer par la deuxième nouvelle, suivie du Requiem pour finir par l’appareil critique sur le film.

 

Notons que demain, mardi 20 janvier, Le Nouvel Attila sera l’invité d’honneur de la Soirée de l’édition indépendante organisée par Julien Delorme et le MOtif, ce sera à partir de 18h30 à la librairie Le Monte en l’air (2 rue de la Mare, Paris 20e).

 

 

Requiem pour un paysan espagnol, suivi de Le Gué, Ramón Sender, Le Nouvel Attila, 16€.

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