Roman de Kamel Daoud : Étrange contre-enquête !

On pense naïvement que tout le monde a lu Camus, tout le monde a lu ou connaît l’histoire de L’étranger, cette fameuse phrase « Aujourd’hui maman est morte », pourtant en discutant avec certaines personnes, on s’aperçoit que ce n’est pas le cas.

Assez surprenant d’entendre ça alors qu’il fait partie des auteurs les plus connus du XXe siècle. Passons. Ayant lu ce roman phare de la littérature française, apercevoir en librairie le nom de ce personnage attire tout de suite l’attention. Enfin ! Alors que la réécriture des mythes de la littérature est une véritable tradition, personne ne s’était, à ma connaissance, attaqué à L’étranger. Ni une, ni deux, on passe à la caisse avec une curiosité poussée à son comble !

Meursault contre-enquête, un titre attirant, intriguant au possible, écrit en plus par Kamel Daoud, journaliste algérien connu, une réécriture du point de vue du frère de l’Arabe (on se souvient bien que Meursault tue une personne dont on ne connaît pas le nom mais seulement cette dénomination), c’est réellement excitant ! Il y a vraiment de quoi faire, on s’imagine déjà ce qui peut être raconté, comme on avait déjà rêvé de la vie de cet Arabe, de la raison de sa présence sur cette plage ce jour-là, bref on est impatient d’ouvrir ce livre.

Et voilà, les premiers mots défilent, au premier abord l’écriture parait agréable, on est fébrile, mais au fils des pages, l’ivresse laisse place à la déception. Les phrases commencent à agacer, le ton est acerbe, et finalement, le roman ressemble aux élucubrations d’un pilier de comptoir. Certes, les références à L’étranger de Camus sont extrêmement nombreuses, mais c’est un peu comme écouter un vieillard qui a tout vu, est blasé, et raconte sa vie malheureuse dans l’ombre de son frère mort. On s’ennuie et on aimerait bien boire un verre, et même plusieurs pour s’occuper un peu et faire passer le temps plus vite. Les pages semblent longues, extrêmement longues. L’ouvrage est plus centré sur la vie d’Haroun, le frère de l’Arabe, qui a ici enfin un nom : Moussa. On se concentre donc sur la vie du frère.

Une véritable désillusion, jusqu’à ce moment totalement inattendu : il tue lui aussi, il tue un français. Et là, voilà enfin la vrai réécriture, l’écho presque parfait avec le personnage de Meursault ! Il ne faut pas ici en dire trop pour ne pas gâcher le plaisir, mais on passe les cinquante dernières pages de façon très agréable. Le style n’est toujours pas vraiment agréable mais le roman prend tout son sens.

Malgré beaucoup de points négatifs, il faut apprécier à sa juste valeur le travail de l’écrivain, ses références bien mises en avant et sa fin impactante. Il faut saluer également l’auteur qui a relevé un défi de taille : revisiter Camus, l’Algérie et l’héritage de la colonisation. Il l y a beaucoup de débat sur cet ouvrage, les avis sont mitigés mais il est intéressant. Il faut le lire pour voir ce qu’on peut faire à partir des romans de Camus, et pourquoi pas s’imaginer soi-même la vie de l’Arabe et de sa famille…

 

Meursault, contre-enquête, Kamel Daoud, Actes Sud, 2014.

Publicités

2 réflexions au sujet de « Roman de Kamel Daoud : Étrange contre-enquête ! »

    1. J’espère ne pas en avoir trop dit alors !
      Pourras-tu me donner le lien de ta lecture commune quand elle sera publiée ? Je serai très heureuse de la lire, et de voir ce que tu en auras pensé.

      J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s