Jeff Koons, le fiasco à Beaubourg

Que dire de la rétrospective de Jeff Koons ? Elle était annoncée comme l’événement à ne pas manquer et s’est avérée si ce n’est un fiasco, au moins un  »flop » qui est plutôt rassurant. Rassurant, oui !Si l’on se réfère au taux de fréquentation de l’espace qui lui est consacré à Beaubourg depuis le 26 Novembre 2014, on constate que le bouche à oreille a fait son œuvre et a refroidi les ardeurs.

Et même si les institutions et le marché de l’art ont tenté par tous les moyens dont ils disposaient de nous faire croire que Jeff Koons était le plus grand artiste de sa génération, nous ne sommes pas des moutons et nous n’avons visiblement pas répondu à l’appel. Et c’est tant mieux !

L’exposition a au moins cet avantage de nous montrer l’ensemble de la production de Jeff Koons et de nous faire une opinion, en connaissance de cause, sur cet artiste, si tant est qu’on puisse lui faire l’honneur de ce qualificatif. Devant nous s’exprime en effet ce subtil mélange entre références à l’histoire de l’art, iconographie populaire, perfectionnisme et savoir faire mais surtout maîtrise parfaite d’un homme d’affaire.

Artiste, il aurait pu l’être sans aucun doute. Très jeune d’ailleurs il s’est senti appelé par la vocation et après s’être adonné à la peinture en autodidacte il étudie, dès 1972, au Maryland college of Art de Baltimore puis à l’Art Institute de Chicago où il suit les cours de Ed Paschke, artiste atypique et excentrique. A vingt et un an il arrive à New York et se lie d’amitié avec les jeunes artistes dont Schnabel. C’était plutôt de bonne augure. Hélas, c’est là que tout se gâte. Inconditionnel de Dali, se réclamant de Duchamp et de la culture Pop inspirée de Warhol, il laisse de côté la peinture pour se concentrer sur l’objet.

Il achète alors des jouets gonflables et colorés qu’il dispose sur des miroirs et qui sont ainsi élevés, malgré leur banalité, au rang d’œuvre d’art. Sa production  va ensuite se décliner par séries  mises tour à tour en lumière par la rétrospective de Beaubourg. Dans un parcours libre, on se familiarise donc avec les différentes icônes de la culture populaire américaine, stigmatisées par Jeff Koons avec clinquant et  démesure. Son regard sur le monde et la société consumériste américaine nous est proposé au travers de jouets gonflables, d’aspirateurs Hoover et de bibelots en tous genres qu’il agrandit et retravaille dans des matériaux nobles ce qui leur confère une certaine idée de l’art mais aussi du luxe auxquels ils n’auraient pas eu accès par leur seule nature. Le sport est également abordé en tant qu’ascenseur social et les ballons, canots et autres matériels sportifs prennent des allures de sculptures, non sans évoquer d’ailleurs le travail de Claes Oldenburg.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Tel un éternel enfant, il s’arrête un temps sur les figures de l’enfance et, au cœur de la salle, impossible de rater l’incontournable  »Balloon Dog » (dont un exemplaire s’est tout de même vendu à   52 millions de Dollars) qui précède Popeye, Titi et Hulk tandis que quelques peintures conçues par ordinateur jalonnent le parcours et tentent de nous rappeler que Jeff Koons était peintre.

Il est aussi modèle et nous le prouve. Rien ne nous sera épargné ! Et (dans une salle interdite aux mineurs) Jeff Koons s’offre en personne à notre regard dans d’immenses photographies magnifiant ses ébats sexuels avec la Cicciolina, star du porno et épouse du moment! Abasourdis par tant de vacuité, on découvre sa dernière série intitulée  »Gazing Ball » qui n’est pas dénuée d’une certaine esthétique et nous guide enfin vers la sortie.

Bref, vous l’aurez compris, cette exposition, loin de changer mon opinion sur ce roi du  marketing, n’a fait que me conforter dans mon idée. Sa gloire, méritée pour certains (et pour la plupart, parties prenantes dans le marché de l’art) et irritantes pour d’autres (dont bien sur je fais partie), continue d’ailleurs de faire polémique.  L’exposition  et Jeff koons ont tout de même le mérite de nous amener à réfléchir sur cette question qui me semble essentielle aujourd’hui : Est ce de l’Art parce que c’est cher ou est ce cher parce que c’est de l’Art?

Jeff Koons, la rétrospective, Centre Georges Pompidou

Jusqu’au 27 avril 2015

De 11h à 21h, nocturne le jeudi, vendredi et samedi (jusqu’à 23h).

Tarifs 13 euros, 10 euros pour les tarifs réduits.

Publicités

Une réflexion au sujet de « Jeff Koons, le fiasco à Beaubourg »

  1. Jeff Koons se se vendrait très bien au Qatar, si ce n’est pas déjà fait ;). Après, l’art n’est pas art par son prix mais par des émotions, des valeurs ou des messages qu’il transporte (des critères très très subjectifs donc…et certains trouvent l’émotion dans le prix !). Le prix des œuvres d’artistes renommés est souvent très élevé, et l’unicité (ou presque) des œuvres d’art peut faire que l’art est cher parce qu’art malheureusement…

    Aimé par 1 personne

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s