Les dessous de l’édition « vintage »

Le « vintage », un véritable phénomène

On la voit partout, l’étiquette « vintage », « seventies » est dans notre quotidien : mobilier, musique, mode, automobile… cette vague se poursuit depuis plusieurs années et n’est pas prête de s’arrêter. Une telle nostalgie des Trentes Glorieuses n’est pas sans lien avec la crise continue que nous connaissons depuis quelques décennies. Contre des lendemains incertains, les français optent pour le pérenne, ce qui les rassure. Ainsi, le vintage est devenu une aubaine pour l’industrie quelle qu’elle soit : mode, design, musique, voitures,… La culture n’y échappe pas, et le livre non plus. Entre rééditions des classiques et les éditions de livres cultes à l’étranger, le livre vintage est mis à l’honneur par les éditeurs comme par le public.

Les collections « vintage », une facilité éditoriale pour les grandes maisons d’édition

Cependant, ce phénomène n’est pas d’un seul bloc, traité par tous les éditeurs de la même manière, on distingue ainsi les grands éditeurs, bien installés dans le paysage éditorial, et qui ont lancés leur collection de rééditions ou réédite dans leurs collections de nouveautés des ouvrages anciens, comme « La Cosmopolite » chez Stock, qui réédite notamment les œuvres de Virginia Woolf et de Stefan Zweig ; « Vintage » chez Belfond, qui souhaite « redonner vie à des livres introuvables, qu’il s’agisse de classiques tombés dans l’oubli, de textes injustement méconnus ou de curiosités littéraires » , etc.  Pour ces éditeurs, le but n’est pas de découvrir des auteurs étrangers jamais publiés, mais de revaloriser leur fond de littérature étrangère, et bien entendu de republier à moindre coûts et à moindre risques des livres déjà parus. En effet, le contexte économique étant difficile, re-publier un titre de son propre catalogue n’engage que très peu de frais et une prise de risque presqu’innexistence par rapport à la publication d’une nouveauté.

Prise de risque contrôlée et curiosité éditoriale pour les nouveaux « fous furieux » de l’édition

À l’opposé, de nouvelles structures d’édition se sont créées, non pas pour rééditer des titres déjà parus en France, mais pour traduire et proposer au lectorat français des ouvrages passés au travers les mailles des grosses maisons d’édition. On retrouve parmi ces nouvelles maisons Finitudes, Passage du Nord-Ouest, Monsieur Toussaint Louverture, Attila, Inculte, Tusitala, Le Tripode, Le Nouvel Attila. Ces petites structures, qui existent depuis environ 4-6 ans sont encore souvent de « l’édition de coin de table », des maisons qui vivent parce que leurs éditeurs ne se payent pas et essayent de négocier le mieux possible les droits de ces textes qui ont connu un succès aux États-Unis mais n’ont pas été publiés en France, pour des raisons inconnues. En lisant la presse étrangère, les blogs, ces petits éditeurs découvrent des titres cultes, des best-sellers des années soixante que les éditeurs français n’ont jamais pris la peine de publier, ce qui rend l’achat des droits moins coûteux et les négociations plus faciles avec les agents ou les ayants-droits. En effet, l’achat des droits se fait souvent par enchères pour un titre qui attire l’attention dès sa parution, mais lorsqu’il s’agit d’un titre sorti il y a plusieurs décennies et pour lequel la France n’a pas montré d’intérêt, les droits sont alors beaucoup moins élevés, la concurrence moins rude. Pour Benoît Virot, cofondateur des éditions Attila, c’est une « trappe éditoriale », un intérêt générationnel, une curiosité plus forte que celle des grandes maisons d’édition. Si son avis est peut-être exagéré, il n’est pas sans un fond de vérité, en effet, il semble qu’à l’époque où ces pépites ont parus, les éditeurs français étaient moins sensibles à la littérature étrangère.

 

Un manuscrit d’Harper Lee, prix Pulitzer 1961 pour To Kill a Mockingbird, publié en France sous le titre Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, a récemment été retrouvé. L’agent littéraire de l’auteur a invité les éditeurs internationaux à se rendre à son bureau londonien pour une lecture du manuscrit. Les passions se déchaînent pour cette nouveauté « vintage », on se demande quel éditeur français remportera la bataille. Des pronostics ?

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