Pierre Bonnard au Musée d’Orsay, une exposition lumineuse

Le printemps est là mais le soleil n’est pas toujours au rendez vous alors, si vous voulez malgré tout profiter de l’astre solaire, rendez vous sans plus tarder au Musée d’Orsay où Bonnard vous offrira des paysages ensoleillés qui vous remonteront le moral. Cependant ce peintre, que l’on a méprisé pendant longtemps, ne se réduit pas à ses paysages solaires et ses scènes familiales sereines mais est aussi un grand peintre moderne aux couleurs époustouflantes et dont les solutions de compositions s’avèrent plus qu’innovantes pour son époque.

Si le thème de l’Arcadie est le fil conducteur de cette exposition, celle ci met l’accent sur la vision du peintre d’un paradis qui s’avère plus personnel qu’universel. Elle se distingue également de la rétrospective de 2006 au Musée d’Art Moderne par l’exploration d’un fond photographique des clichés de Bonnard qui donne un éclairage nouveau et plus juste sur sa peinture. En effet, se distinguant des impressionnistes qui travaillaient sur le motif et tentaient de coucher sur la toile des instants éphémères tels qu’ils les voyaient, Bonnard s’appuie pour chacune de ses toiles sur l’instant vécu, arrêté en un flash par la photographie, et travaillé en atelier et avec lenteur en se référant à la perception visuelle mais aussi aux émotions que ces images avaient pu lui insuffler. Chaque instant posé sur la toile est un arrêt sur image enrichi par sa mémoire. La photographie va l’amener à immortaliser un moment ou une pose mais, du fait de son imperfection le cliché va aussi lui permettre de prendre conscience de l’imperceptible à l’œil nu et de poser sur la toile un halo de lumière, un flou, une surexposition que la photographie à laissé apparaître.

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Le parti pris du parcours est à la fois chronologique et thématique ce qui permet d’entrer dans l’univers du peintre et d’en apprécier toutes les subtilités. Ainsi, dès l’entrée, on se familiarise avec sa période Nabie, inspirée par les estampes japonaises dont le XIXème siècle était friand. Sa peinture est alors posée en aplats de couleurs douces et discrètes sur des formats allongés et sans se préoccuper des règles de la perspective. Elle s’enrichit au fil du temps de couleurs de plus en plus éclatantes, et ce pour notre plus grand bonheur. Si les paysages et les scènes familiales de la première heure nous rappellent les impressionnistes, on découvre au long des salles que Bonnard a su trouver de nouvelles solutions colorées, des cadrages inattendus nés de son intérêt pour la photographie et même, sous l’influence de Degas, il parvient à renouveler le thème du Nu féminin. La salle consacrée au thème  de  »la femme à sa toilette » est des plus intéressante car elle permet d’embrasser d’un seul regard toutes les recherches picturales de Bonnard sur l’espace (les points de vue multiples par l’artifice d’une cloison ou d’un miroir) et sur les effets de lumière sur le corps féminin et les reflets dans l’eau, se moquant de tout réalisme au profit de la couleur.

Quelques portraits sont  exposés dans la salle suivante mais attardez vous surtout quelques instants sur les autoportraits. Ils vous dévoileront à quel point, au delà de sa peinture enchanteresse et lumineuse, Bonnard était un peintre mélancolique et même désespéré. Retiré du monde et enfermé dans une cage dorée par Marthe sa muse et modèle, femme aimée durant toute une vie mais neurasthénique et névrosée, il peint sans relâche son jardin foisonnant de Normandie ou sa maison du Cannet. Il nous a laissé croire qu’il peignait la maison du bonheur mais en réalité il se réfugiait dans la peinture et menait ses recherches (par exemple, pour représenter, dans une même toile, l’intérieur et l’extérieur). La nature grandiose et inondée de soleil s’offre à ses pinceaux et c’est la peinture qui constitue véritablement son Arcadie.

Ce sont les  grands panneaux décoratifs de commande qui vont clore cette exposition et les panneaux destinés à Misia ou aux Bernheim vous paraîtront sans doute fades et un peu kitsch. Mais le parcours se termine en beauté avec le triptyque  »Méditerranée » commandé par Morozov qui attirera sans aucun doute votre regard et vous laissera un souvenir lumineux.

 

Pierre Bonnard. Peindre l’Arcadie, Musée d’Orsay

17 mars – 19 juillet 2015

Du mardi au dimanche de 9h30 à 18h. Nocturne le jeudi jusqu’à 21h45.

Tarifs : 11€ (8,50€ en tarif réduit et pour la nocturne)

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