Glose, une promenade athénienne

« Attention , lectrice ou lecteur, l’objet qui est à présent entre tes mains appartient à cette infime minorité de livres capables, une fois qu’on les a lus, non seulement d’influer sur la suite de notre existence, mais de modifier rétrospectivement ce qu’on pensait avoir vécu avant de les avoir lus. » Jean-Hubert Gailliot

Cette phrase intrigante fait attendre beaucoup de ce roman, mais, pas d’inquiétude, Glose est à la hauteur de cette citation ! Certains livres nous laissent indifférents, sont agréables à lire mais oubliés dès qu’ils sont fermés. D’autres nous laissent une impression étrange pendant la lecture, un sentiment qui nous poursuit bien longtemps après les avoir lus. Glose fait partie de ceux-ci.

Glose, voilà un titre déjà rempli de références et de symboliques fortes. Au Moyen-âge, la glose était écrite dans les marges des ouvrages bibliques et théologiques afin d’en expliquer les passages obscurs. Cette glose était même parfois entourée d’une glose commentant la première explication, à tel point que le texte brut finissait par avoir moins d’importance que les gloses. Par extension, ce terme a définit ce qui sert l’intelligence d’un texte, et est devenue tout ce qui entoure un sujet, l’enrobe parfois jusqu’à le déformer de façon importante et en perdre le sens réel. C’est certainement cette acceptation du terme qui correspond sans doute le mieux à ce roman si étonnant.

Il est très difficile de définir et raconter Glose, l’histoire semble simple voire peu engageante si on la résume ainsi : deux hommes, l’Adolescent et le Mathématicien, déambulent dans les rues et parlent d’une soirée à laquelle ils n’ont pas assisté. Pourtant, cette promenade, qui semble insignifiante au premier regard, vient interroger la nature humaine dans ce qu’elle a de plus profond, dans ce à quoi elle tient énormément depuis la nuit des temps : la mémoire, la perception des événements. Chaque élément raconté vient semer le doute dans l’esprit du lecteur. Comment peut-on percevoir les choses de façons si différentes, comment la mémoire peut-elle faire défaut à ce point ? Juan José Saer joue très habilement avec le cerveau du lecteur, faisant aller et venir ses personnages entre passé et présent avec une musicalité, un rythme soutenu qui tient en haleine.  Après réflexion, on peut dire que cette promenade n’est pas sans rappeler un certain jeu maître/élève fréquent dans la philosophie athénienne, et c’est très savoureux.

Jean-Hubert Gailliot, préfacier de cette nouvelle édition proposée par Le Tripode, définit Glose comme un roman parfait, une oeuvre qui devrait faire partie des classiques. Il a sans doute raison, et si ce n’est pas encore un classique, il faut qu’il le devienne ! Il fait partie de ces ouvrages qui vous bousculent, laissent une trace indélébile, qu’on ne peut oublier. Si Saer est considéré en Argentine à l’égal de Borges, ce n’est pas pour rien.

Alors, tentés par cette promenade avec Juan José Saer ?

 

Glose, Juan José Saer, éd. Le Tripode, 2015, 20€.

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