La flûte enchantée, sobre et enchanteresse

Pour ce grandiose opéra qu’est La Flûte enchantée de Mozart, Bastille opte pour une mise en scène étonnante, bien loin des extravagances auxquelles elle nous a habitués, mais dotée d’une intelligence et d’une originalité très appréciables. Contrairement à ce que certains critiques disent, cette Flûte est très bien menée par son metteur en scène Robert Carsen.

 

Un opéra pour le peuple

C’est le spectacle culturel le plus souvent associé à l’idée qu’il est réservé à une élite. Pourtant, quand Mozart écrit La Flûte enchantée, à la fin du 18e siècle, c’est un opéra pour le peuple, une comédie burlesque et pleine d’enseignements qu’il écrit, un véritable conte aux lectures multiples et accessible à tous. Dommage que la politique de prix de l’Opéra de Paris ne permette pas cet accès à tous.

La Flûte enchantée, c’est l’histoire d’une mère inconsolable depuis l’enlèvement de sa fille Pamina par Sarastro, et qui en désespoir de cause demande au prince Tamino de partir à sa recherche. Accompagné par les trois dames de la Reine de la Nuit et par l’étrange Papageno, Tamino doit faire preuve d’intelligence et de courage pour délivrer Pamina et comprendre la réalité de la situation. Conte, combat entre les ténèbres et la lumière, récit initiatique, chacun peut écouter à son gré ce récit admirablement orchestré par un Mozart en fin de vie.

 

Un casting qui manque de franchise

L’ensemble de l’opéra est agréable à l’écoute, on entend de belles voix, mais peu sont extraordinaires dans cette production. Tamino, interprété par Mauro Peter, est expressif mais manque de consistance, son alter ego féminin, Pamina, qui est chantée par Jacquelyn Wagner, est dotée d’une voix sans tâche mais manque d’originalité. Quant à la Reine de la Nuit, incarnée par Jane Archibald, elle est décevante. Sa voix est très inégale, elle semble peu sûre d’elle, ses aigus sont criards, et surtout, son interprétation manque considérablement de drame. Cependant, il faut applaudir les performances extrêmement réjouissantes d’Ante Jerkunica, qui fait un Sarastro emprunt de majesté, d’Edwin Crossley-Mercer, Papageno dont la voix de basse et le jeu d’acteur sont impressionnants, et d’Elizabeth Schwarz, qui fait une Papagena tout aussi charismatique.

 

Une mise en scène étrange

Avant même le levé du rideau, la mise en scène questionne : la fosse d’orchestre est entourée d’une pelouse semblant indiquer les avancées des chanteurs. Un jeu d’images formera par la suite le décors de fonds de scène. Pendant l’opéra lui-même, de nombreux changements de décors sont opérés, jouants sur la profondeur de la scène de façon à utiliser, une fois n’est pas coutume, tout le potentiel de cette dernière.

Les costumes sont quant à eux modernes : du blanc pour Tamino et Pamina, du noir pour la communauté de Sarastro, avec un côté mi francs-maçons, mi nazgules. Ainsi, le spectateur ne sait trop se positionner entre l’enchantement et le recul face à ce qui ressemble fortement à une secte, comme les personnages, il oscille entre l’ombre du mal et la lumière du bien.

 

Cette troisième production de la Flûte enchantée à l’opéra Bastille est donc impressionnante, intéressante tout en laissant en suspens de nombreuses questions et laissant regretter au spectateur le casting inégal. Malgré tout, cet opéra est toujours agréable à voir et entendre, une spectacle entre sobriété et enchantement dont on repart en gardant en tête le duo Papageno/Papagena.

 

 

La Flûte enchantée, Mozart

Mise en scène de Robert Carsen

Opéra Bastille

Jusqu’au 28 juin 2015

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