Velázquez, à voir au Grand Palais

Après le grand rush prévisible, Velázquez n’attire plus les foules et l’on peut désormais profiter de cette fabuleuse exposition en toute tranquillité. Le public n’a sans doute pas trouvé ce qu’il cherchait chez ce peintre surtout connu pour ses ‘Mennines » qui manquent malheureusement à l’appel ce qui s’explique par la taille et la fragilité de l’œuvre mais aussi par le fait que le Musée du Prado ne peut sans doute pas se priver de l’une de ses plus célèbres toiles. Le Louvre se priverait-il de La Joconde ? Pourtant les chef d’œuvres ne manquent pas et l’exposition, très complète, nous régale de tableaux éblouissants mais elle est peu didactique et l’on peut se lasser très vite de son contenu sans quelques éclaircissements qui auraient été les bienvenus. Laissez moi donc vous guider succinctement par ces quelques lignes et profitez de cette accalmie pour découvrir l’Espagne de Philippe IV et de son peintre favori, couvert d’honneur et néanmoins frondeur.

Le parti pris de l’exposition est chronologique et nous permet dès la première salle, d’entrevoir le talent prometteur du jeune artiste qui se distingue déjà de Pacheco son maître, grand peintre sévillan, théoricien et censeur de l’Inquisition. Face à celui-ci, monumental et conventionnel mais sans imagination, Velázquez s’impose par son naturalisme et ses sublimes clair-obscurs qui font de lui un caravagesque avant l’heure. Sa personnalité, attentive aux plus humbles, se manifeste tant dans sa peinture religieuse, incontournable en Espagne au XVIIe siècle, que dans ses  »Bodegones », scènes de tavernes qui vont devenir un genre à part entière et connaître un franc succès, bien que contraires aux règles imposées par la très puissante Eglise espagnole.

La cour d’Espagne se déplaçant de Séville à Madrid, Velázquez en fait autant dans le but de séduire le Roi Philippe IV, peintre lui même et grand amateur d’art. Le salles suivantes nous font alors découvrir ses premières œuvres de cour,pour lesquelles il bride un peu son naturalisme mais se refuse cependant à la flatterie. Sa première tentative est vaine mais pas inutile puisqu’il profite de ce premier séjour pour approcher les collections royales. Sa deuxième tentative se révélera plus fructueuse puisqu’il réalise alors son premier portrait du roi qui reconnaît d’emblée son talent et en fait son peintre officiel et ami durant près de quarante ans.

L’Espagne est austère et la peinture aussi, jusqu’à son voyage en Italie où Velázquez s’imprègne enfin de la force du caravagisme mais surtout de la couleur et de la lumière vénitiennes dont il va faire la synthèse jusqu’à l’ épanouissement total de son talent. Les grandes salles suivantes, appuyées par une scénographie lumineuse en contraste avec la sobriété espagnole, offrent alors à notre regard une peinture nouvelle, qu’elle soit religieuse, mythologique ou de cour. La pâte devient légère et le pinceau rapide, les glacis se font lumière et vie, les blancs, les bleus et les verts explosent et sont propres à Velázquez.

# velazquez

Arrêtez vous un instant dans la petite rotonde pour admirer la plus belle des Vénus qui combine à la fois les thèmes du nu, de la Venus allongée et de la Vénus au miroir (courants en Italie mais interdits en Espagne et premier nu de dos). Le blanc y est sublimé et les courbes sensuelles du corps et des draperies se répondent voluptueusement. Ce tableau vaut sans aucun doute à lui seul le déplacement.

De retour en Espagne, Velázquez se permet de portraiturer les nains, les bouffons et les humbles, grandeur nature, de la même manière que les grands d’Espagne ce qui, en plus de renouveler le genre du portrait, ne manque pas d’audace et bouscule l ‘étiquette. Sont également présentés le très célèbre portrait du Pape Innocent X, peint sans concession lors d’un second voyage en Italie pour le compte de Philippe IV et une galerie de portraits royaux les uns exécutés par Velázquez, les autres copiés par Del Mazo son élève et gendre, qui ne font que confirmer le talent exceptionnel de l’artiste.

Les dernières salles consacrées aux  »suiveurs » et à Del Mazo n’ont d’intérêt que de souligner leur médiocrité face au maître mais l’exposition se termine en beauté avec un cheval inachevé mais monumental, qui donne à lui seul la mesure de son génie.

Vous l’aurez compris, cette exposition mérite que l’on s’y attarde mais nécessite un petit effort pour qu’elle prenne tout son sens. Dommage que les commissaires de l’exposition n’aient pas pris le temps de peaufiner les cartels qui sont plus anecdotiques qu’éclairants. Velázquez aurait mérité que l’on s’attarde plus sur ses innovations que sur sa place à la cour d’Espagne.

 

Velázquez – Grand Palais – jusqu’au 13 juillet 2015

Horaires : 10h-22h (sauf dimanche et lundi : 10h-20h et mardi : fermeture)

Tarifs : 13€ / réduits 9€

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