Le découragement de Joanne Anton, un roman multiple admirable

Le découragement, voilà un titre bien intriguant, un roman sur l’écriture tout à fait passionnant et qui laisse une sensation étrange, entre admiration et expectative.

 

On est parfois émerveillé par la facilité qu’on certains écrivains d’écrire, enfin c’est ce que l’on croit parce qu’ils publient un roman tous les ans, on s’imagine que le syndrome de la page blanche n’est peut-être dévolu qu’à certains. Peut-être aussi nous ment-on, tout simplement, et toute personne qui a déjà tenté – et peut-être réussi – de se lancer dans l’écriture, sait à quel point il est difficile d’être face à cette feuille de papier, un stylo à la main, avec toute l’influence des auteurs qu’on a lu, qui devient un véritable fardeau, de quoi se décourager, ou écrire “à la manière de”.

Mais la difficulté d’écrire, d’être indépendant des influences, n’est pas souvent dévoilée au grand jour, quelques mots, quelques minutes y sont parfois consacrées, alors qu’ici le découragement est le fondement même du roman. Joanne Anton dévoile sans aucune concession l’immense difficulté de l’écriture, le labeur que cela représente de s’affranchir de tout ce qu’on a lu sans pour autant le renier, l’ambiguïté entre l’envie d’écrire et le recul que la difficulté engendre, le courage que cela demande de prendre son stylo et d’enchaîner les phrases, les actions, sans jeter l’éponge. L’écriture, c’est un éternel recommencement qui est ici mis en miroir avec la difficulté de vivre.

L’auteur nous précipite avec elle au fond de ce découragement, comme si, nous aussi, on se retrouvait devant cette page blanche, à se demander si les mots devraient s’aligner de façon grammaticale et logique ou plutôt à la manière de, ou encore dans un ordre qui ne sortirait de nulle part.

Entre fantaisie et rationalisme, ce premier roman de Joanne Anton intrigue, invite à une réflexion profonde sur l’écriture, ouvre les yeux puis emmène le lecteur dans un voyage inédit dont il sort bien secoué, ne sachant pas vraiment quoi penser. Alors, sans même que le lecteur s’en rende compte, de façon insidieuse, le livre l’invite à le ré-ouvrir, pour un second voyage où l’on voit se dessiner l’écriture au fur et à mesure, comme si l’auteur écrivait les mots sous nos yeux.
Un roman donc qui a une place certaine dans une bibliothèque, définitivement un roman qu’on ne peut jeter car chaque fois qu’on l’ouvrira, il nous laissera entrevoir une autre histoire, d’autres détails, comme si une magie venait de cette écriture, qui serait nouvelle à chaque fois.

 

Le découragement, Joanne Anton, éd. Allia, 2011, 6,20€

Merci à La Voie des indés et aux éditions Allia de m’avoir fait découvrir ce roman !

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