Wilfredo Lam exposé au Centre Pompidou, un régal

Figure emblématique dans l’histoire de l’art contemporain, Wilfredo Lam ne déplace pas les foules, largement desservi par le battage fait autour des expositions phares de cet hiver Picasso mania et Andy Wharol et c’est bien dommage !!! Plus de 400 œuvres et documents ont été réunis à cette occasion, qui mettent l’accent sur son exceptionnel talent, son éclectisme, ses amitiés parmi les intellectuels de son époque et son parcours hors norme à travers le monde. L’exposition est organisée agréablement autour des voyages de Lam et l’on en suit le déroulement au fil de ses œuvres qui en sont la conséquence directe .

En effet, le parcours de Lam est fortement lié à l’Histoire et s’avère par conséquent, des plus chaotique. Né en 1902 à Cuba, d’un père chinois et d’une mère descendante d’esclave, il part en Espagne en 1923 pour compléter ses études artistiques mais, ayant pris fait et cause pour les Républicains lors de la guerre civile, il s’enfuit vers la France en laissant tout derrière lui. Sa vie artistique se déploie alors à Paris où il côtoie peintres, poètes et intellectuels de tout poil mais son destin le poursuit puisque les Allemands arrivent pour occuper Paris ce qui l’oblige à fuir, Il gagne d’abord Marseille (avec Breton, Levi Strauss…) pour attraper au plus vite un bateau vers New York, passe par les Caraïbes (où il rencontre Aimé Césaire) mais se voit contraint, pour un problème de visa,de regagner Cuba après dix-huit ans d’absence. Cuba telle qu’elle est devenue, lui est totalement inconnue et ce retour aux sources est aussi un exil forcé qu’il va mettre à profit pour renouer avec ses racines.

Sa vie mouvementée, passée à traverser le monde par la force des choses, lui a forgé une âme de citoyen du monde, sans appartenance, ni racines. Ses exils successifs et plus encore son retour à Cuba ont fait naître en lui une philosophie qui lui est propre à partir du constat que c’est la notion d’appartenance et de dualité qui ont mené le monde au chaos. Libéré de ces notions binaires de blanc/noir, Europe/ Afrique, homme/ Dieu, christianisme/ Vaudou et inspiré par la Santeria et les Orishas qu’il redécouvre à son retour à Cuba, il propose dans sa peinture un monde nouveau, en équilibre, peuplé d’êtres métamorphosés, qui forme un tout. La Jungle de 1943 en constitue en quelque sorte un manifeste et c’est à Cuba qu’il est au sommet de son art .

L’exposition est un régal, riche et merveilleusement mise en valeur par une scénographie plaisante et soignée. Un reproche toutefois : Si l’exposition met clairement en évidence les influences des grands peintres de son époque et les collaborations multiples avec les poètes et les surréalistes, elle ne met pas suffisamment en valeur la différence fondamentale entre cet artiste et Picasso auquel Lam, unique et novateur, est trop souvent assimilé. Le catalogue de l’exposition, en plus d’être complet et fidèle, a le mérite de rétablir la vérité.

Enfin, n’hésitez pas à vous munir de votre appareil photo qui peut être utilisé ici sans modération. Le fait est si rare qu’il fallait le souligner.

 

Exposition Wilfredo Lam, Centre Pompidou, jusqu’au 15 février 2016

11h-21h – galerie 2

Tarifs : 14 euros / 11 euros

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