Anselm Kiefer s’expose à la BNF

Anselm Kieffer s’expose à la BNF et nous donne un avant goût de ce que sera la grande exposition qui lui sera consacrée dès le mois de Décembre au Centre Georges Pompidou. La BNF nous invite à pénétrer dès à présent l’univers d’Anselm Kieffer qui depuis toujours s’interroge sur la mémoire en faisant appel à tous les modes artistiques dont il dispose. Photographies, performances, peintures, écriture et installations se combinent au fil des ans pour répondre à des questions que l’on devine essentielles dans son œuvre : Comment peut-on être né en 1945 en Allemagne et néanmoins être artiste ? Peut-on vivre et créer sans traîner inexorablement une culpabilité pour des actes dont on n’est pourtant pas responsable ? Comment exprimer son désarroi mais aussi ce devoir de mémoire qui ramène sans cesse, et bien malgré soi, à ce sentiment de culpabilité dont on ne peut se défaire ?

Kieffer investit donc la BNF, lieu de mémoire par excellence, et met en scène ses livres géants et quelques unes de ses installations pour évoquer à sa manière l’importance de la mémoire mais aussi, tout simplement, de son amour inconditionnel pour le livre. Quel lieu pouvait être plus approprié que cette gigantesque bibliothèque, elle même en forme de livres ouverts, pour exposer des livres ? Vous l’aurez compris les livres sont au cœur de l’exposition mais pas n’importe quels livres : les livres de Kieffer !

A peine entrés dans l’unique salle d’exposition, une vision globale nous plonge dans une ambiance étrange qui incite plus à la réflexion qu’à la rêverie. Kieffer s’est impliqué personnellement dans la scénographie et ça se sent. Il nous plonge dès l’entrée au cœur des thèmes qui ont construit son œuvre – l’histoire allemande, la Kabbale, la figure féminine, la connaissance et la mémoire. Tout ce qui fait la vie mais conduit inéluctablement à la mort. Le silence est quasi religieux et le ton est donné.

Des livres géants nous accueillent en première ligne. Créés et amassés depuis toujours, ils sont répertoriés et classés consciencieusement, conservés dans des boites en fer ou placés, semble-t- il, en libre accès sur de solides étagères métalliques. Nous percevons d’emblée la rigueur allemande.

Nos sens en éveil, nous approchons des ouvrages à notre hauteur et comprenons de suite qu’ils ne sont pas consultables. Trop lourds, trop imposants, faits de pages de papier souvent recouvertes de plâtre, ils proposent à notre regard avide des dessins , des peintures, des aquarelles, des textes manuscrits, des photos, des herbiers. Mais parmi ces pages s’insinuent de lourdes pages de plomb et le poids des livres (certains pèsent dans les deux cents kilos) prennent alors tout leur sens. La matière est omniprésente, comme un palimpseste qui témoigne du temps qui passe.

Tous ces ouvrages nous racontent une histoire. L’Histoire. Celle que l’on voudrait oublier mais que nous connaissons tous car, même si elle n’est pas crûment évoquée, elle est ancrée en nous et s’impose.

Nous poursuivons notre visite, déambulons, nous approchons, au gré des vitrines et des sculptures que nous espérons moins oppressantes. Mais chaque œuvre, si elle séduit par sa beauté, nous entraîne aussi, par sa puissance d’expression, à la réflexion et au malaise. Des cartels succincts mais bien faits nous accompagnent dans la compréhension de l’œuvre mais ils ne sont pas nécessaires car le meilleur guide reste le fil de nos émotions.

IMG_8789 IMG_8775Pour finir, je ne saurais trop vous recommander de vous placer au centre de la salle pour finir en beauté et embrasser d’un seul regard l’ensemble de l’œuvre qui forme un tout. Jouissez alors pleinement des deux grands panneaux peints qui ouvrent et ferment l’exposition. Là, en immersion totale, vous n’en verrez que l ‘harmonie et profiterez d’une sorte de sérénité qui mène aussi vers l’espérance. Car Kieffer, s’il s’interroge sur la cruauté de la vie et la dureté de la mort, met d’une certaine façon, au grand jour la beauté, la connaissance et l’art qui mènent aussi au rêve.

 

Anselm Kiefer, l’alchimie du livre, Bibliothèque François Miterrand, Galerie 2, jusqu’au 7 février 2016

mardi – samedi de 10h à 19h
dimanche de 13h à 19h (fermeture des caisses à 18h)
fermé lundi et jours fériés

tarif plein : 9 € (billet couplé 2 expositions : 11 €)
tarif réduit : 7 € (billet couplé 2 expositions : 9 €)

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