McEwan s’attelle aux affaires familiales

Alors qu’une grande majorité des fictions ayant pour sujet la justice parlent de viols ou de meurtres, Ian McEwan transporte ici son lecteur au sein du département des affaires familiales, et se positionne, de façon originale, du côté du juge. Comment, alors que son couple traverse une crise qui semble irrémédiable, la juge Fiona Maye peut-elle rendre un jugement sur des affaires où sentiments et déontologie sont si proches et délicats ?

 

Ian McEwan, auteur de treize romans, campe ici encore des personnages à forte personnalité : la juge Maye, une personne brillante à la carrière exemplaire qui regrette un peu que cette dernière ne lui ait pas laissé le temps d’avoir un enfant ; son mari Jack, professeur d’Histoire qui en pleine crise de la soixantaine veut une vie sexuelle plus épanouit, quitte à la trouver ailleurs que dans son couple ; et le jeune Adam Henry, témoins de Jéovah, qui à 17 ans refuse une transfusion sanguine qui pourrait lui sauver la vie au nom de sa foi.

 

Mais le jeune Adam Henry est-il assez responsable de ses actes, sait-il réellement de quoi il parle quand il énonce les principes de sa religion ? ou bien est-il aveuglé par la foi de ses parents et des anciens de la communauté ? Est-il encore un enfant ? Où se trouve son intérêt ? Cette affaire délicate bouleverse la juge, pourtant habituée à toute sorte de conflits, mais elle doit rendre une décision. Quelle sera-t-elle ? Quelles seront les conséquences pour l’enfant, la communauté, la juge ? Bien qu’il n’y paraisse aucun lien, cette affaire aura un impact important sur le couple de la juge Maye.

 

Dans ce roman, Ian McEwan interpelle ses personnages, les confronte avec leurs a priori, leurs choix, leurs arguments, il monte et démonte la psychologie de ses personnages, interpelle les certitudes de chacun, et pose de nombreuses questions éthiques et déontologiques. Se plonger dans ce monde, c’est aller au-delà d’une fiction rondement menée, c’est se retrouver dans la situation des personnages, rencontrer la complexité de leurs vies, des questions qui leurs sont posées, c’est se laisser emporter par cette ambiance oppressante, sans jamais avoir une réponse affirmée de la part de l’auteur. Son génie vient non seulement de son écriture, mais aussi de son habileté à mettre son lecteur sur le chemin d’une question méthaphysique ou éthique, en lui donnant des indices mais sans jamais lui donner une clé qui serait à prendre comme parole d’évangile.

 

L’intérêt de l’enfant, Ian McEwan, traduit de l’anglais par France Camu-Pichon, Gallimard, coll. Du monde entier,octobre 2015, 18€.

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